20.1. –– 27.1.2021
Solothurner Filmtage
Crise Covid-19 : le cinéma suisse témoigne

La crise Covid-19 frappe de plein fouet le cinéma suisse. Afin de réaffirmer notre soutien à l'industrie cinématographique suisse, nous avons publié une série d'interviews entre avril 2020 et la réouverture des salles début juin pour rendre visibles les conséquences de cette crise sanitaire inédite.

Cinéastes, producteurs/productrices, acteur, scénariste, distributeur, exploitant, programmateur, directrices de festivals et chef/cheffe opérateur/opératrice nous ont confié de quelle façon la crise Covid-19 affecte leur travail et ce qui est crucial pour eux.

 

 

5 questions à Frank Braun, programmateur pour la société Neugass Kino AG

Frank Braun est membre de la direction et responsable du programme de la société Neugass Kino AG depuis 1998. Les cinémas d'art & essai Riffraff et Houdini à Zurich ainsi que le Bourbaki à Lucerne font partie de la société Neugass Kino AG. Après 10 semaines de fermeture, ces salles ont rouvert leurs portes samedi dernier: dans l'interview, Frank Braun évoque cette réouverture et les défis posés par le confinement et, aujourd'hui, par le déconfinement.

 

Back to cinema ! Avec l'interview de Frank Braun, nous concluons notre série d'entretiens sur les effets de la crise Covid-19 pour la culture cinématographique suisse. Du mois d'avril jusqu'à la réouverture des salles début juin, 16 personnalités de différentes professions de l’industrie cinématographique suisse nous ont confié leurs sentiments, peurs et espoirs. 

 

Comment la crise du Corona-19 affecte-t-elle ton activité ?

Début mars au plus tard, lorsque la sortie du nouveau James Bond a été reportée d’avril à novembre, l’avis de tempête se répand dans la branche des exploitants de salles et des distributeurs de films. Malgré la situation de crise qui empire, la fréquentation reste relativement élevée. On dirait que les gens se moquent des orages qui grondent. Je me souviens comment, à mi-mars, avant le début du film dans une salle bien remplie, un accès de toux réprimé et, aussitôt imité, s’est propagé et transformé en un amusement collectif. Elle est là la complicité si souvent invoquée du public !

L’arrêt d’urgence du 16 mars survient brutalement. Pas d’airbag ; pas même le temps de la sidération. D’un coup d’un seul, nos 13 salles de cinéma et nos 3 salles de restaurant sont à l’arrêt. Il est indiqué d’agir sans retard pour limiter les dégâts. Le chômage partiel s’applique immédiatement. Pourtant le confinement entraîne avec lui une infinie cascade de problèmes : tenir au courant l’opinion publique, les partenaires et le public, rembourser les billets déjà vendus, annuler les locations et les événements spéciaux, demander un crédit transitoire, marchander une indemnité pour pertes de gain, tirer au clair l’exonération du loyer, liquider les stocks disponibles, stopper les travaux de rénovation prévus… Dans le même temps, nous intensifions notre offre « sur demande » et étudions de possibles actions comme un cinéma ambulant d’arrière-cour ou l’installation de producteurs de fruits et légumes dans les foyers des salles de cinéma.

L’acquisition de films, ma tâche première, se mue en course à contresens. Au lieu de fixer régulièrement la sortie de films dans la planification des programmes, tout se passe en sens inverse. Les échéances s’évaporent les unes après les autres. Les distributeurs retirent leurs films les uns après les autres ; dans le calendrier des festivals, un festival après l’autre réduit la voilure. Et tout à coup cela saute aux yeux : ce n’est pas une tempête. Il n’y a pas le moindre souffle de vent. On est au point mort !

Comment gères-tu ou surmontes-tu les défis que nous impose cette crise ?

Actuellement ce qui nous tient en haleine c’est la reprise de l’exploitation. Comme d’autres, nous sommes intervenus dans la branche en faveur d’une réouverture bien coordonnée, avec une assez longue phase préparatoire. Pourtant, à peine le Conseil fédéral a-t-il permis aux cinémas de rouvrir leurs portes le 6 juin déjà que le seul mot d’ordre qu’on entend dans la branche c’est « go, go, go ! » et le consensus initial est balayé. 

Nous n’avons plus le choix. Pour des raisons contraignantes, nous ne pouvons pas reculer et nous nous agenouillons aussi en pleins préparatifs d’une réouverture précipitée. En très peu de temps – et aujourd’hui encore –, d’innombrables questions de détail et des situations épineuses doivent être réglées. Quels nouveaux films sont disponibles pour une sortie en salles ? Quelles reprises passeront encore une fois dans le programme ? Comment allons-nous reconquérir le public? Et, surtout, comment les nécessaires plans de protection pourront-ils être mis en œuvre de manière efficace ? Des actions qui ont parfaitement fonctionné depuis des années sont tout à coup impraticables. Pour mettre en œuvre le seul respect de la distance physique requise entre deux personnes, il est nécessaire d’appliquer des mesures qui font grimper les dépenses de personnel et tirent en longueur l’étalement des séances dans le temps.

Qu’est-ce qui est important aujourd’hui pour toi ?

Il est clair que nous nous réjouissons de la possibilité qui nous est donnée de refaire du cinéma. En même temps, la réouverture dans de telles conditions est extrêmement préoccupante du point de vue économique. La capacité des salles est fortement restreinte, le réapprovisionnement en films avec des titres accrocheurs n’est pas assuré et les prochains mois d’été sont, on le sait, du poison pour le tiroir-caisse des salles. Il n’est pas nécessaire d’être pessimiste pour le prévoir : pour tous les cinémas, le fossé entre les dépenses et les recettes se creuse à un niveau jamais encore atteint. 

Et même si le public, au lieu d'aller à la piscine ou à la montagne, se précipitait en masse dans les cinémas, ceux-ci plongeront dans les chiffres rouges (mais s’il vous plaît venez quand même tous!). Les cinémas peuvent-ils tenir le coup ? Cela dépendra entre autres de la durée de la situation de crise et de la rapidité avec laquelle les restrictions dues à la pandémie seront assouplies et entièrement levées. 

Est-ce que tu vois aussi des opportunités dans la crise actuelle ?

« Back to Cinema », le slogan officiel de la branche, suggère que tout redeviendra comme avant « back to normal ». Quelle illusion ! La branche de l’exploitation de salles et de la distribution de films ne peut pas continuer comme elle l’a fait jusqu’ici. Elle doit se serrer les coudes. Les positions respectives des exploitants et des distributeurs se sont durcies. Au lieu de voir un partenaire dans son vis-à-vis, on voit en lui un profiteur, voire un ennemi. En réalité, qu’on le veuille ou non, nous sommes une communauté marquée par le destin (observation que, du reste, on peut, en guise de consolation, étendre à toute la branche du cinéma). 

Au chapitre de la diffusion des films, la branche de l’exploitation de salles et de la distribution de films ne démord pas de sa pole-position traditionnelle et ignore qu’elle est sur le point d’être distancée par l’évolution générale. Si elle entend avoir un avenir et réussir à s’en sortir, elle doit changer. Les actions à courte vue et la préservation de ses intérêts personnels immédiats doivent être remplacées par une stratégie commune, portée par toutes les personnes impliquées. C’était déjà l’évidence avant même le coronavirus. C’est à présent et définitivement une question de survie.

Qu’est-ce que la réouverture des cinémas après deux mois de confinement signifie pour toi ?

Il y aura de nouveau de la vie dans la baraque 😉 ! Et, à côté de l’offre  en ligne, nous pouvons proposer enfin de nouveau l’ivresse du cinéma à l'état pur. Personnellement je me prépare à des temps difficiles. Nul ne sait tout ce que ces 10 semaines de « coma » ont endommagé ni ce qu’elles provoqueront encore. Elles auront de lourdes conséquences, c’est sûr.

A quel film (suisse) la situation actuelle te fait-elle penser ?

Le confinement me fait penser à l’effrayante catastrophe métaphorique dans « Heimatland ». Et les premières mesures d’assouplissement à « Love Me Tender » le film de la réalisatrice tessinoise Klaudia Reynicke qui vient de sortir sur les écrans. Je suis le premier à espérer qu’il nous arrivera ce qui arrive au personnage principal du film. Elle surmonte sa peur bleue et se risque à l’extérieur. Contrainte et forcée, elle prend le risque, pose le pied dehors et ose.

 

Les films suisses, actuellement (et à nouveau !) au cinéma :

«Mare» (2020) d’Andrea Štaka

«Love Me Tender» (2019) de Klaudia Reynicke

«Lockdown Collection» (2020), #1 bis #3)

«Platzspitzbaby» (2019) de Pierre Monnard

 

Liens:

Neugass Kino AG

Trailer «Heimatland» de Michael Krummenacher, Jan Gassmann, Lisa Blatter, Gregor Frei, Benny Jaberg, Carmen Jaquier, Jonas Meier, Tobias Nölle, Lionel Rupp, Mike Scheiwiller (2015)

 

 

 

 

 

 

 

5 questions à Yves Blösche, distributeur Filmcoopi Zürich

Depuis 2015, Yves Blösche est partenaire exécutif chez Filmcoopi Zürich, une maison de distribution fondée en 1972. L’entreprise de distribution fait partie des distributeurs suisses indépendants dont le travail porte principalement sur les films qui osent un regard critique sur leur époque et sur les films de grande valeur artistique. La crise COVID-19 a eu un impact direct sur la distribution des films : la distribution cinématographique vit des salles de cinéma, qui, subitement, ferment toutes leurs portes. Yves Blösche a répondu à nos questions en plein préparatifs pour la réouverture des salles le 6 juin.

 

Comment la crise du Corona-19 affecte-t-elle ton activité ?

Le premier weekend du mois de mars, nous avions plusieurs premières de « Die Känguru-Chroniken » avec Dani Levy, et le public a répondu présent malgré les premières informations sur les personnes contaminées au Covid-19. Ces nouvelles m’ont rendu optimiste quant à la suite des opérations. Quelques jours plus tard, le confinement a été décrété et tous les cinémas ont fermé leurs portes.

La pandémie a eu des conséquences immédiates et directes sur mon travail. J’ai dû réduire mon emploi du temps à partir du moment où la garde de mes enfants n’a plus pu être assurée. Un distributeur de films vit du cinéma, et celui-ci a subitement cessé d’exister. Nous avons demandé à bénéficier du chômage partiel, les affaires courantes ont été en grande partie suspendues, des rendez-vous importants dans le courant de l’année comme le Festival de Cannes ont été supprimés de l’agenda.

Comment gères-tu ou surmontes-tu les défis que nous impose cette crise ?

Au début j’ai eu de la peine à cause de l’incertitude continuelle. Il n’existait plus aucune sécurité en termes de planification. Nous avons organisé la rencontre hebdomadaire de l’équipe sous forme de visioconférence, afin de discuter de sujets importants et de rester en contact. J’ai essayé de m’adapter le mieux possible à la situation et de prendre des décisions judicieuses. Ces dernières semaines, j’ai effectué beaucoup de travaux pour la première fois de ma vie et du coup j’ai appris un grand nombre de choses. Le regard hésitant sur le futur va perdurer, c’est pourquoi il est important pour moi de ne pas perdre ma sérénité. 

Qu’est-ce qui est important aujourd’hui ?

Que les taux de contamination restent faibles et donc que la fréquentation des cinémas revienne au premier plan. Le 6 juin, un grand nombre de salles vont rouvrir.

Est-ce que tu vois aussi des opportunités dans la crise actuelle ?

Oui, à Filmcoopi Zurich, nous avons à faire face à de nouvelles questions, que je considère comme une chance. Nous travaillons sur différents projets afin d’assurer à long terme l’avenir de l’entreprise. Les échanges entre les producteurs, les distributeurs et les exploitants se sont intensifiés à différents niveaux, ce qui restera pour moi un souvenir positif et aura aussi une influence sur l’avenir.

Quelle est la première chose que tu feras quand les mesures contre la pandémie seront toutes levées ?

Je me réjouis d’avoir de nouveau des contacts sociaux, qui seront alors possibles en plus grand nombre. Et aussi de retrouver toute l’équipe.

A quel film la situation actuelle te fait-elle penser ?

Au dernier film d’Elia Suleiman, « It Must Be Heaven », qui gagne une toute nouvelle dimension à cause du confinement. Le personnage du film parcourt des métropoles désertes comme Paris et New York et observe d’un œil affûté l’animation minimale qui y règne. Une comédie politique qui ne pourrait pas être d’une plus grande actualité. Le film est à voir en Suisse alémanique à partir du 18 juin.

 

Prochaines sorties de films suisses:

« Sekuritas » de Carmen Stadler (première aux Journées de Soleure 2020), 23 juillet 2020

« Citoyen Nobel » de Stéphane Goël (première aux Journées de Soleure 2020), 6 août 2020

« Paul Nizon: Der Nagel im Kopf » von Christoph Kühn (première aux Journées de Soleure 2020), 10 septembre 2020


Liens:

Site officiel Filmcoopi Zürich 

Trailer  « It Must Be Heaven » 

Trailer « Die Känguru-Chroniken» 

Generationenwechsel im Filmverleih, Radio SRF 2, Kontext


 

 

 

 

 

Anaïs Emery, directrice du NIFFF, future directrice du GIFF

Née à Neuchâtel, Anaïs Emery est cofondatrice artistique du Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFFF) et membre du bureau de la Fédération des festivals européens de film fantastique.

Précédemment directrice du Festival international de Science-Fiction de Nantes (France), programmatrice d’un cinéma indépendant et étudiante en cinéma à l’Université de Lausanne, elle a suivi en 2017 une formation une communication digitale et expertise web à l’Université de Genève. En 2021, elle reprendra les rênes de la direction générale et artistique du GIFF, à la suite d’Emmanuel Cuénod qui l’a dirigé durant 7 ans, à l’issue de la 26e édition en novembre prochain.

Le NIFFF devait célébrer ses 20 ans en juillet prochain. 

 

Comment la crise COVID 19 a-t-elle affecté et affecte-t-elle encore ton activité ? 

La crise sanitaire a fauché l’équipe du NIFFF alors que nous étions lancés à 200 % sur la préparation de la 20ème édition. A partir du 13 mars, nous étions en télétravail. C’est dans ce cadre inédit que nous avons imaginé le hors-série digital du NIFFF qui verra le jour en juillet prochain. 

Comment surmontes-tu les défis que nous impose cette crise ?

Mon défi :  le télétravail avec une hausse du stress et l’activité avec des enfants à la maison. Je tente de relativiser, de rester ouverte d’esprit et de me fixer des objectifs raisonnables. Je n’y arrive pas toujours. La crise m’a donné l’occasion de réfléchir à l’essence de mon travail et d’en expérimenter de nouvelles facettes. 

Vois-tu aussi des opportunités dans la crise actuelle ? 

A mon sens, cette période a montré que l’isolement peut être bénéfique à la concentration mais que le dialogue en présence de l’autre est indispensable. Chercher l’idéal dosage des deux est une bonne piste de réflexion pour l’avenir et pour chacun. On n’est pas tous égaux devant ces phénomènes.

Quelle est la première chose que tu feras après le confinement ? 

Reprendre ma vie sociale et culturelle à distance et en sécurité mais sûrement. J’ai l’ennui des festivals de cinéma, des salles obscures et des interactions humaines…

A quel film la situation actuelle te fait-elle penser ? 

« Black Out » le chef d’œuvre méconnu de Jean-Louis Roy sorti en 1970. Ce trésor suisse est visionnaire sur le thème de la peur de l’autre. Le film met en scène un couple de personnes âgées mues par une puissante angoisse du contact social qui s’impose un auto-confinement. Un huis-clos vertigineux ! 

 

Liens : 

Le site du Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) 

Le site de la Fédération Européenne de Festival de Films Fantastiques 

Le site de Utopiales, Festival international de Science-Fiction 

Anaïs Emery quitte la direction générale du NIFFF pour le GIFF, Vertigo, RTS, 7.5.2020

Le programme FANTASTIQUE 20 20 20 

Le site du Geneva International Film Festival 

 

 

 

 

 

 

5 questions à Denis Jutzeler, chef opérateur

Denis Jutzeler vit et travaille à Genève où il mêle étroitement une pratique personnelle de la photographie à une carrière de chef opérateur de cinéma, initiée dès les années 1990. On le retrouve aux côtés du monument Alain Tanner (“Paul s'en va”, “Fleur de sang”, “Jonas et Lila”, “Fourbi”), aussi bien qu’auprès de la relève cinématographique (Germinal Roaux, Antoine Russbach, Guillaume Senez). Il navigue entre fiction de cinéma, mais aussi de télévision (“Heidi” 1 & 2, “T’es pas la seule”, “CROM” et “L’Heure du secret” sur la RTS) et documentaire de télévision mais aussi de cinéma (entre autres, “Vol Spécial” de Fernand Melgar). Son travail aussi élégant que sobre est régulièrement salué (Prix du cinéma suisse pour la Meilleure Photographie en 2014 pour “Left foot Right foot” de G. Roaux ; Swiss Photo Award en 2010). La crise COVID-19 a interrompu plusieurs tournages, il nous en parle.

 

Préambule :

En ce qui me concerne, le mois de mars devait être le début d’une très longue période de travail avec trois projets successifs : un documentaire sur l’aide sociale, enfin une série fiction pour https://www.idipfilms.com et un magazine pour la RTS. 

Le tout devant se terminer à la fin du mois d’octobre. Actuellement, la RTS a annulé le tournage ; en ce qui concerne le documentaire, aucune date n’est annoncée à ce jour pour un début de tournage et, pour la série, elle est envisagée pour début septembre.

 

Comment la crise COVID 19 a-t-elle affecté et affecte-t-elle encore votre activité ? 

La crise du covid 19 et ses conséquences m’affectent pour deux raisons. La première est la perte et l’incertitude qui touchent mon travail pour l’année avenir.

La deuxième est l’avenir de la culture et, plus particulièrement, notre cinématographie, déjà passablement en crise de devenir dans notre pays. Cette situation nous plonge dans le doute et toute une liste de questions : quoi faire, comment faire ? Je n’ai pas de réponse actuellement, mais c’est la tête basse, penché sur mon ordinateur que je revisite le cinéma que j’aime. Un signe ?

Je suis très attentif et concerné par les multiples situations de chacun, choqué et en colère que la culture et les acteurs culturels soient à ce point attaqués. 

Cette crise aura peut-être la qualité de nous rassembler comme jamais, à un moment où il s’agit de se mobiliser, de réfléchir à l’avenir de la parole, de résister à l’exclusion, au-delà de la gestion d’une crise dont on ne connaît pas l’issue et ses conséquences. 

Comment gérez-vous les défis que nous impose cette crise ? 

Confiné, il me manque l’immense : les rencontres si nécessaires. Je me suis presque entièrement concentré dès lors sur mon travail personnel de photographe plasticien, seule activité qui me soit possible en attendant une reprise des tournages.

Chaque jour je m’impose le visionnement d’un long-métrage fiction ou documentaire puisé dans ma vidéothèque, comme une nécessité vitale. Je ne me sens pas reclus, mais exclu et c’est cela qu’il faut combattre maintenant, plus que jamais en s’exprimant, en refusant que cette situation nous marginalise, nous réduise à un relatif silence, conduit par l’économie et des politiques en panique.

Voyez-vous aussi des opportunités dans la crise actuelle ? 

Il est bien sûr compliqué de mettre en place de nouvelles méthodes de travail en place si rapidement, sans perdre de vue que le cinéma n’existe que pour être vu, et partagé.

Ce n’est pas qu’une question de génération, j’appartiens à celle qui a traversé toutes les évolutions techniques de ces quarante dernières années et reste très attaché aux sensations du grand écran, à la présence de spectateurs, à l’idée que le cinéma, pas seulement - je parle de tous les arts de la scène - ne soient présents à l’avenir que sur des applications, dans un format si réduit, et n’enferme le spectateur plus que jamais dans une situation de solitude pour devenir une porte ouverte au formatage des individus.

Les initiatives sur le web, les réseaux sociaux sont-ils une réponse à la situation ? Personnellement je n’ai pas de réponse. Je questionnerai volontiers Jacques Derrida à ce sujet, sur les conséquences, les comportements à venir.

Quelle est la première chose que vous ferez après le confinement ?

Les premières choses que je ferai, une fois le demi-confinement terminé, c’est de revoir mes amis, de les serrer des mes bras, de les embrasser et bien sûr de vivre au plus vite ce moment, quand la salle devient obscure et que le spectacle commence.

A quel film la situation actuelle vous fait-elle penser ?

Ce qui m’a surpris d’emblée, au début du confinement, c’est le silence et le repli sur soi même imposé. Et je me suis souvenu, de l’impression plutôt oppressante que m’avait laissé "Silence" de Bergman, la lenteur du film, le confinement dans cet hôtel des deux sœurs et de l’enfant, l’attente, des vies presque figées, la souffrance, la maladie. Ce film est un chef d’œuvre à tout point de vue et c’est lui que je retiens.

 

Liens : 

Le site de Denis Jutzeler  http://www.denisjutzeler.ch

Portrait de Denis Jutzeler réalisé par les étudiants de la HEAD et ZHdk (production RTS SRF)  https://vimeo.com/325836288

Trailer de “Ceux qui travaillent” (2018) d’Antoine Russbach  https://youtu.be/Q4Z6vF-WkNw 

Trailer de “Keeper” (2015) de Guillaume Senez https://youtu.be/7T8_XhwpD7E 

Trailer de “Left foot Right foot” de Germinal Roaux (2013)

https://www.youtube.com/watch?v=_El8yO5qZqs

Trailer de “Vol spécial” (2011) de Fernand Melgar https://youtu.be/9vL1PgyL0lk 

Le site de l’Association Alain Tanner 

 

 

 

 

 

 

5 questions à Gabriela Betschart, cheffe opératrice

Après avoir étudié le graphisme et le design, Gabriela Betschart a étudié le cinéma à la Haute école spécialisée de Lucerne (HSLU). Son film de fin d'études « Bipolar. An Interview with Richard » dont elle a assuré la réalisation, la photographie et le montage a été sélectionné dans plus de 25 festivals.

Après un perfectionnement dans le domaine de la photographie de cinéma à l'Académie de cinéma et de télévision « Konrad Wolf » Potsdam-Babelsberg https://www.filmuniversitaet.de/en/ et au HFF Munich elle obtient son Master de cheffe opératrice à la ZHdK. Gabriela a travaillé, entre autres, sur les longs métrages documentaires « Ma Na Sapna - Träume einer Mutter » de Valerie Gudenus (2013), « Neuland » de Anna Thommen et #Femalepleasure de Barbara Miller. 

Elle travaille aujourd’hui en tant que cheffe opératrice et cinéaste indépendante, elle enseigne au Kulturbüro de Saint-Gall, intervient à la ZHdK et crée de temps en temps des affiches de films.

Juste avant la crise, Gabriela allait débuter le tournage de « Les Nouvelles Èves » (Emilia Productions, ZH), projet lauréat du 10e concours de film documentaire-CH du Pour-cent culturel Migros, remis le 24 janvier 2020 aux Journées de Soleure.

 

Comment la crise du Covid-19 a-t-elle affecté et affecte-t-elle encore ton activité ?

Le jeudi avant le confinement, nous avons commencé à tourner le documentaire de cinéma «Les Nouvelles Èves» (AT). Le film en six épisodes – chaque épisode filmé par une réalisatrice différente – aurait dû être réalisé ces dernières semaines, mais rien ne s’est passé comme prévu. Surtout parce que les réalités devant la caméra ont totalement changé, beaucoup d’événements n’ont pas eu lieu et personne ne savait comment réagir au début et comment les choses dans leur ensemble allaient évoluer par la suite.

Un autre tournage, qui aurait dû avoir lieu à l’étranger, a lui aussi été annulé. Tout ce qui est resté c’est un petit boulot à la ZHdK, pour lequel je suis alors passée à l’enseignement en ligne. A cause de l’interruption de mon travail, j’ai pris en charge la garde à plein temps de nos deux enfants, qui ne pouvaient plus aller ni à la crèche ni au jardin d’enfants et n’étaient plus accueillis par leurs grands-parents.

Comment gères-tu les défis que nous impose cette crise ?

Au début j’ai ressenti comme une espèce de sentiment d’être en vacances, moi-même et beaucoup de gens autour de moi se sont mis à flotter comme si nous étions en apesanteur et essayions de mettre de l’ordre dans tout ça. Du jour au lendemain, toutes les journées de tournage se sont volatilisées. La fermeture des écoles m’a ensuite fait comprendre que ça prendrait un peu de temps avant que tout cela soit terminé. Ces deux derniers mois, à cause des circonstances, j’ai joué un rôle tout à fait différent et j’ai passé beaucoup de temps à la maison avec mes enfants. Je trouve cependant que, malgré les restrictions et la nécessaire réorganisation, je suis dans une situation très privilégiée, qui n’a pas (encore) eu de graves conséquences.

Il y a deux semaines, j’ai eu de nouveau le premier tournage, avec masque sur la bouche et produit désinfectant. De nouvelles dates de tournage apparaissent de nouveau lentement dans mon agenda. Comme la proximité avec les protagonistes est un élément central dans le cinéma documentaire, je me demande déjà quelle influence cela aura sur moi et sur mes images et aussi sur le comportement des gens devant la caméra. Nous verrons bien…

Qu’est-ce qui est essentiel aujourd’hui pour la culture cinématographique ?

J’espère que le vide ne se remplira pas précipitamment. Il faut du temps pour repenser les projets en cours. Est-ce que le coronavirus doit absolument être abordé dans les films ? Et dans l’affirmative, comment ? Naturellement, je suis heureuse de pouvoir de nouveau participer le plus vite possible aux tournages qui étaient en projet et je me réjouis du jour où ça repartira comme avant ; mais beaucoup de choses nous ont traversé l’esprit ces dernières semaines et notre réalité a fortement changé. Ce serait dommage que la qualité des films en souffre. Aujourd’hui, il est plus que jamais important de créer des films forts.

Est-ce que tu vois aussi des opportunités dans la crise actuelle ?

Pour moi, l’impact que tout cela aura sur la société, sur la branche du cinéma, sur mon travail, est encore trop peu tangible. Qui sait ? Les contraintes extérieures peuvent donner des ailes à la créativité ! Ces derniers temps, plus souvent qu’avant le coronavirus, je me surprends à penser en termes d’éventualités. Je me représente de possibles options, qui me donnent de la sécurité et me montrent que beaucoup de choses seraient pourtant possibles…

Quelle est la première chose que tu feras quand les mesures contre la pandémie seront toutes levées ?

Je me réjouis de passer de nouveau des soirées décontractées avec des amis et la famille… et des vacances en Sicile un jour ou l’autre seraient aussi de nouveau belles !  

A quel film la situation actuelle te fait-elle penser ?

A cause de la mobilité restreinte et du temps passé le plus souvent à la maison, mon quotidien ressemble plutôt à une sitcom : pendant plusieurs semaines toujours les mêmes décors et un choix limité d’acteurs, y compris les artistes invités qui font une courte apparition (comme les livreurs). Ce n’est pas la meilleure sitcom mais ce n’est pas non plus la pire !


Et quand je regarde plus loin que le bout de mon nez, ce sont toujours les thèmes importants pour la société, qui existaient déjà avant le coronavirus et qui, à cause de lui, ont acquis une précarité encore plus grande (en particulier la fermeture des frontières) qu’il ne faut pas perdre de vue malgré tout. C’est pourquoi je mentionne volontiers à ce propos le documentaire  « Fuocoammare » de Gianfranco Rosi.

 

Liens : 

Site web de Gabriela Betschart 

Projet "Les Nouvelles Eves" de Camille Budin, Annie Gisler, Jela Hasler, Wendy Pillonel und Anna Thommen, production: Judith Lichtneckert et Liliane Ott, Emilia Productions (ZH)  soutenu par le Pour-cent culturel Migros.

#FEMALEPLEASURE de Barbara Miller (documentaire, 2018), Mons Veneris films, en VOD sur Sky.ch

Le site en français de #FEMALEPLEASURE

Trailer de NEULAND de Anna Thommen (documentaire, 2013), ZHdK & famafilm  

MA NA SAPNA - A Mother‘ Dream de Valerie Gudenus (documentaire, 2013), ZHdK en VOD sur Vimeo.  

Le site de la Société suisse des chefs opérateurs 

 

 

 

 

 

 

5 questions à Kacey Mottet Klein, acteur

Repéré à même pas 10 ans par Box Productions à l’occasion d’un casting sauvage, Kacey Mottet Klein débute au cinéma dans « Home » de Ursula Meier aux côtés d’Isabelle Huppert et d’Olivier Gourmet. En 2010, il est Gainsbourg enfant dans « Gainsbourg, vie héroïque » de Joann Sfar. Il retrouve Ursula Meier en 2012 pour « L’enfant d’en haut » avec Léa Seydoux, en 2015 pour « Kacey Mottet Klein, naissance d'un acteur » (court-métrage documentaire), puis en 2017 pour « Ondes de choc – Journal de ma tête », films sélectionnés aux Journées de Soleure, tout comme « Keeper » de Guillaume Senez (2015). Deux fois lauréat du Prix du cinéma suisse (Meilleur espoir en 2009, Meilleure interprétation masculine en 2013), il est nominé 2 fois aux César (Meilleur Espoir masculin pour « L’Enfant d’en haut » en 2013 et pour « Quand on a 17 ans » d’André Téchiné en 2017). Acteur désormais international, il nous parle de son confinement en Suisse.

 

Comment la crise COVID 19 a-t-elle affecté et affecte-t-elle encore ton activité ? 

Le secteur du cinéma, comme beaucoup d'autres secteurs, est complètement à l'arrêt depuis le début du confinement. Pour ma part, rien n'a beaucoup changé puisque mon prochain tournage était prévu pour fin juin, il sera simplement décalé à fin juillet. J'ai appris que beaucoup de mesures allaient être prises durant les tournages, car la non-promiscuité entre les équipes - et surtout entre les acteurs - est tout simplement impossible. Il y aura donc d'après ce que j'ai entendu, une mise en quarantaine de toute l'équipe avant le tournage. 

Comment surmontes-tu les défis que nous impose cette crise ?

J'essaie comme beaucoup d'autres personnes de me réinventer. Depuis l'année dernière, j’ai arrêté de travailler sur des films dans le but de me reposer. J'avais donc pendant cette période déjà essayé de trouver quelque chose à faire qui ne concernerait pas nécessairement le domaine du cinéma. Je suis depuis quelques mois sur un projet d’escape game « maison d'horreur » qui m'occupe plutôt bien. C'est donc sur ce projet que je suis lancé en ce moment. S’il y a quelque chose de dur pour moi en cette période, c'est le fait d'avoir loupé à quelques jours près, le dernier avion me permettant de rentrer au Maroc pour retrouver ma compagne. Ce qui est d'autant plus angoissant pour moi, c'est que l'on ne sait absolument pas quand on pourra à nouveau voyager.

Vois-tu aussi des opportunités dans la crise actuelle ? 

Je ne pense malheureusement pas que cette crise apportera quelque chose de bon pour l'industrie du cinéma. Au contraire, j'ai bien peur que le domaine soit avalé par les machines à fric de l'industrie. Que les gens fréquentent de moins en moins les salles et que les films « mainstream » soient encore plus regardés qu'avant. 

Quel film te donne du réconfort dans cette situation ou te rappelle la crise actuelle ? 

Je pense que comme beaucoup de personnes, s'il y a bien un film qui nous rappelle ce que nous traversons, c'est Contagion de Steven Soderbergh. Du côté plus anxiogène de la crise, dû au confinement, mon premier film Home est vraiment sur la même longueur d'ondes, puisqu'ils finissent tous par s'enfermer afin de se protéger de l'autoroute qui pourrait, ici, être vue comme le virus malfaisant. Pour m'éviter de trop penser à ça, j'aime revoir les films d'amours de Sofia Coppola, qui je trouve, sont d'un réconfort absolu, lorsque l’on est contraint d'être si loin de sa chérie. 

Quelle est la première chose que tu feras après le confinement ? 

Je pense que l’on connaît déjà ma réponse, je sauterai dans un avion pour retrouver ma compagne. Puis je partirai certainement en vacances avec elle avant de retourner à mes obligations professionnelles. 

 

Liens :

Kacey Mottet-Klein, Mise au Point, RTS, 20 mars 2016

Entretien avec Kacey Mottet-Klein, Comédien nominé comme meilleur espoir masculin, 19h30, 25 janvier 2017

Les petites leçons de cinéma, Kacey Mottet-Klein, la naissance d'un acteur de Ursula Meier, RTS, 2018

Nouvelle tête : Kacey Mottet-Klein, Entrée Libre, France Télévision, 29 avril 2019

Trailer « Home » de Ursula Meier

Trailer « L’Enfant d’en haut » de Ursula Meier

Trailer « Ondes de choc – Journal de ma tête » de Ursula Meier

 

 

 

 

 

5 questions à Andrea Štaka, réalisatrice

Andrea Štaka a étudié le cinéma à la Haute école des arts de Zurich ZHdK. Dès ses premiers films, la réalisatrice a connu une très belle reconnaissance dans des festivals internationaux (Locarno, Sundance). Plusieurs fois nommée Prix du cinéma suisse, Andrea remporte le Léopard d'or au Festival du film de Locarno, le Coeur de Sarajevo et le Prix du cinéma suisse pour le meilleur scénario avec « Das Fräulein » (2006), son premier long.

Son dernier long métrage « Mare »  a été présenté en première mondiale à la Berlinale 2020. Elle vient de réaliser l’un des films de la collection « Lockdown By Swiss Filmmakers », initié par les producteurs Frédéric Gonseth, Michaela Pini et Michael Steiger, co-produite par la SSR SRG et soutenu par l'OFC et la SSR.

 

Comment la crise du Covid-19 a-t-elle affecté ou affecte-t-elle encore votre activité ?

Après la Première à la Berlinale, mon film « Mare » est sorti en salle en Suisse alémanique pendant trois jours puis le confinement a débuté et pan, fini, les salles ont fermé. Tant de gens voudraient encore voir le film. Je me suis sentie comme dans un avion prêt au décollage dont le signal d’alarme est actionné. En ce moment, « Mare » est aussi à l’arrêt sur le plan international, les festivals à venir sont annulés, les ventes mondiales ont les mains liées.

Nous remettrons «Mare» sur les écrans dès que les salles rouvriront. La promotion aura un grand rôle à jouer, car les gens doivent savoir que « Mare » est de nouveau visible en salle. Nous n’avons pas tout un dispositif comme à Hollywood ni des sous pour la publicité. Les journaux devront parler du film une fois encore et nous devrons tout faire pour cela. Pourquoi pas, me dis-je parfois, et je souris. Nous n’avons jamais eu une situation de ce genre.

Comment gérez-vous ou surmontez-vous les défis que nous impose cette crise ?

Je voulais travailler à mon nouveau scénario mais ce n’était pas possible de continuer comme avant. Dans de nombreuses scènes, les gens s’embrassent, font la fête, apprennent à se connaître, se rapprochent. Au début du confinement, quand j’ai regardé un film en ligne, j’ai trouvé comique la manière dont les gens s’embrassent. J’ai arrêté l’écriture pour le moment. J’ai tourné un petit film sur cette époque avec une trentaine d’autres réalisateurs et réalisatrices, pour la « Lockdown Collection » de SRF et de l’OFC. Cela a fait du bien de se rapprocher de ce qui se passe actuellement à l’aide de moyens filmiques. Le court métrage s’appelle « My mom, my son and me ». Le trou financier ne sera apparent chez moi que dans 1 ou 2 ans. Il est plus difficile de mettre en marche de nouveaux projets, surtout quand il s’agit de coopération internationale.

Qu’est-ce qui est essentiel aujourd’hui pour la culture cinématographique suisse? 

Ce n’est pas un problème du cinéma suisse. Nous continuons, autrement que par le passé. C’est clair ! Une question difficile… Simplement le courage de la créativité, la flexibilité et l’argent.

Voyez-vous aussi des opportunités dans la crise actuelle ?

En ce moment, il reste davantage de temps pour réfléchir au contenu, parce que nous ne sommes pas en piste. J’espère que cela aura une influence positive sur les films. Les jeunes qui sont plus flexibles avec la communication virtuelle ou travaillent contre le courant dominant ont aussi un rôle plus important à jouer. J’espère que nous aurons plus de courage au niveau du contenu.

Quelle est la première chose que vous ferez après le confinement ?

Je prends place dans une salle de cinéma et ensuite je prends le train de nuit pour aller à la mer.

A quel film la situation actuelle vous fait-elle penser et pourquoi ?

A « The Host » de Bong Joon-Ho. La peur du monstre est pour moi une image de la peur intérieure que nous ressentons face au virus « invisible » et à ses conséquences. 

Liens :

My mom, my son and me, Andrea Štaka : Lockdown Collection

Berlinale 2020: Mare - Q&A with Andrea Štaka at Zoo Palast 

Trailer Mare (2020)

Trailer Das Fräulein (2006)

L'art de la coupe. Note sur Das Fräulein d'Andrea Staka par Alain Boillat

 

 

 

 

5 questions à Ivan Madeo, producteur

Cofondateur et codirecteur de Contrast Film avec Stefan Eichenberger et Urs Frey, Ivan Madeo a produit, entre autres, « Der Kreis » de Stefan Haupt, « Neuland » de Anna Thommen, « Heimatland »  de Michael Krummenacher, Jan Gassman, Tobias Nölle, Carmen Jaquier et al. et « Der Läufer »  de Hannes Baumgartner. La crise COVID-19 a interrompu plusieurs de ses projets de cinéma et de télévision. Il a répondu à nos questions. 

 

Comment la crise COVID 19 a-t-elle affecté et affecte-t-elle encore votre activité? 

Elle a des effets très variables. Les projets en développement ne sont presque pas impactés, à l’exception de l’équipe internationale de scénaristes réunie pour notre série « Davos ». Par contre, les coproductions en pré-production ou post-production posent de gros problèmes, parce qu’elles sont actuellement totalement à l’arrêt. Et pour la fiction « Stuerm », nous avions des réponses favorables de festivals et avions fixé une sortie en salle qui a dû être repoussée plusieurs fois – et maintenant tout est chamboulé. Au moins, nous n’avons pas dû stopper le tournage comme certains de nos collègues. Nous avons eu de la chance dans notre malheur.

Comment gérez-vous les défis que nous impose cette crise ? 

Les cinéastes et les acteurs culturels en général sont passés maîtres dans l’art de s’adapter et de survivre. Notre quotidien parfaitement normal est fait de modifications, de planification impossible, de variables inconnues. C’est ainsi que nous menons à bien en permanence de nouvelles œuvres, des événements inoubliables, et même parfois des opportunités d’emploi pour de nombreuses autres personnes dans la branche. Autrement dit, nous continuons de planifier pendant la crise sanitaire – et ne cessons de planifier et de planifier à nouveau.

De quoi la culture cinématographique en Suisse a-t-elle le plus besoin aujourd’hui?

Pour chacun pris individuellement, dans la situation actuelle, il est plus que jamais important de continuer de rêver et en même temps de penser en actions concrètes. De développer de grandes visions et de naviguer à vue au moment de la planification.

Pour la branche en revanche, l’essentiel est que des aides financières les plus étendues et les plus simples possible soient proposées pour les cas et les projets réellement nécessaires, avant que des entreprises disparaissent. Je dis « étendues » et « simples » parce que nous-mêmes nous tournons en rond depuis des semaines dans le labyrinthe des ordonnances et des paragraphes, et même si tous les services font de leur mieux dans cette situation inattendue, la rapidité avec laquelle des solutions sont trouvées est vitale pour notre survie.

Voyez-vous aussi des opportunités dans la crise actuelle ? 

Je pense que oui. Comme l’a expliqué le sociologue Andreas Reckwitz : pendant que l’on essaie de sauver des secteurs économiques dont l’importance est supposée systémique, il apparaît toujours plus clairement à quel point la culture a une importance systémique. La crise du coronavirus montre où nous mène le puritanisme sanitaire : à la fin nous demeurons en bonne santé mais notre vie s’est appauvrie. Au-delà du nécessaire pour survivre, nous avons aussi besoin de la communication, de l’esthétique, du jeu, de l’esprit communautaire – ce qu’on appelle la culture. La chance que nous avons à présent c’est de faire comprendre l’importance sociétale de notre branche aux politiciens qui allouent les crédits.

Quelle est la première chose que vous ferez après le confinement ?

Renouer des contacts ! Avec la prudence qui s’impose, évidemment, mais me retrouver de nouveau avec mes parents, qui vivent en quarantaine en plein dans la « zone rouge » de Milan depuis le confinement, avec mon frère, mes filleuls, mes amis et mes partenaires commerciaux. Manger, rire, se disputer, sortir avec eux me manque beaucoup.

A quel film la situation actuelle vous fait-elle penser ?

Je pense au film « For Sama » : un document difficilement supportable et pourtant incroyablement stimulant sur la vie sous les bombes pendant la guerre en Syrie. Une famille est enfermée avec des amis dans la cave de leur hôpital pendant les bombardements. Tous les habitants de la ville ont fui mais eux restent – pour se défendre. Je suis sidéré quand je vois de quoi les gens sont capables dans une situation de crise. Et je suis reconnaissant de jouir du privilège d’avoir à endurer ici en Suisse un confinement certes historique mais tout de même relativement petit – un « mini-confinement ».

 

Liens : 

Ivan Madeo, producteur en mouvement, Cinebulletin.ch, 18 mai 2017

Trailer « Der Kreis »

Le site du film « Der Kreis »

Trailer « Heimatland »

Trailer « Neuland » 

Trailer « Der Läufer »

Le site de Contrast Film 

 

 

 

5 questions à Didier Zuchuat, exploitant

Didier Zuchuat cultive deux passions – les vieux cinémas et les bateaux historiques – et il vit pour le plaisir de les partager. Didier est actuellement administrateur de 2 salles de cinéma à Genève: le Ciné 17 et le Cinérama Empire. Au printemps 2021, un 3e cinéma comprenant 6 nouvelles salles s’ajoutera à cette liste : le Ciné Rex qui ne présentera que des films en version originale sous-titrée.

 

Comment la crise COVID 19 a-t-elle affecté et affecte-t-elle encore votre activité ? 

La fermeture des salles de cinéma décrétée par les autorités fédérales en date du 16 mars 2020 a signifié une fermeture au public mais nous continuons à visionner des films en petit comité de 5 personnes... l'occasion de vérifier des copies de classiques restaurés et découvrir les films à venir ou les rushes et montages non finalisés des films en cours de production des divers partenaires: les deux salles fonctionnent en alternance chacune un jour sur deux dans cette fonction qui permet aussi la maintenance technique car ces installations ne sont pas faites pour être à l'arrêt mais bien fonctionner quotidiennement. 

Le grand chantier à Confédération Centre est à l'arrêt depuis la décision de fermeture des chantiers mais les réunions hebdomadaires des maîtres d'ouvrage se poursuivent par visio-conférence pour régler les points à traiter.

Comment gérez-vous les défis que nous impose cette crise ? 

Beaucoup d'administration visant à assurer la situation de nos 13 salariés qui sont au chômage technique et le futur de nos exploitations... c'est l'occasion aussi de procéder à des travaux de grand nettoyage et d'entretien, de mise à niveau technique et de régler toutes sortes de détails qui pouvaient attendre. Les négociations avec les bailleurs privés sont particulièrement pénibles car ceux-ci ne veulent rien entendre visant à réduire temporairement leurs prétentions.

Voyez-vous aussi des opportunités dans la crise actuelle ? 

Nos deux cinémas ont été les derniers à fermer à Genève et seront les premiers à réouvrir mais il est désormais clair que la situation de déconfinement va poser des exigences particulières qui vont impacter durablement la fréquentation des cinémas car les gens ont peur du minuscule virus... comme le Ciné 17 était prévu pour 224 fauteuils à claquette mais que nous accueillons en aménagement VIP que 81 personnes, il y a de l'espace entre les spectateurs mais il faudra prévoir de ne pas croiser les flux entrant et sortant donc faire moins de séance... 

Au CINERAMA EMPIRE, la capacité originale de 468 fauteuils club ramenée à 323 avec de beaux espacements permet aussi d'accueillir les spectateurs dans les meilleures conditions de confort et de sécurité.

A quel film la situation actuelle vous fait-elle penser ?

Je suis un fan éclairé des films de morts-vivants signés par Romero, j'ai vu ZOMBIE (aka DAWN OF THE DEAD) à sa sortie en 1978 au cinéma et ce fut un choc... la panique générale décrite dans le film et le désordre bien rendu par des émissions de télévision où tout le monde s'exprime dans la plus grande des confusion sont bien en phase avec la situation actuelle qui va durablement bousculer nos sociétés de consommation immédiate!

Quelle est la première chose que vous ferez après le confinement ?

Accueillir à nouveau nos fidèles spectateurs avec joie dans les cinémas et retourner sur le Léman avec beaucoup d'amis pour des croisières festives avec le confort incomparable d'un service de restauration car on en peut plus de grignoter des snacks sur un coin de table !

 

Ciné 17 : https://www.exclusivecinemas.ch/cine-17

Cinerama Empire : http://www.cinerama-empire.ch

Ciné Rex : https://www.exclusivecinemas.ch/cinema-rex

 

 

 

 

5 questions à Niccolò Castelli, réalisateur

Né à Lugano, Niccolò Castelli a étudié le cinéma à la faculté DAMS de l'université de Bologne, puis à la Haute école des arts de Zurich (ZHdK). Il réalise son 1er long métrage en 2012 « Tutti Giù » qui fait sa première au 65e Festival du film de Locarno dans la section « Cinéastes du présent ». Après son documentaire remarqué Looking for Sunshine (2018) sur la skieuse suisse Lara Gut, Niccolò a travaillé à la production de son 2e long métrage de fiction « Atlas » produit par Imagofilm; la crise COVID-19 en a interrompu le tournage. Il a répondu à nos question depuis son lieu de confinement au Tessin.

 

Comment la crise COVID 19 a-t-elle affecté et affecte-t-elle encore ton activité ? 

Indirectement, cela touche de nombreux aspects de la nature même de notre travail, tout d'abord cela m'amène à me demander quelles sont les histoires que je veux raconter. Pour « Atlas », le film que j'ai tourné en 2019, il restait encore quelques scènes à tourner à l'étranger ce printemps mais nous sommes bloqués. Pour le moment, nous essayons d'avancer avec des solutions créatives. Cela aura certainement un impact sur mes projets pour l'année prochaine. Marc Engels, le splendide ingénieur du son du film, est décédé du Covid-19 ; je pense souvent à lui en écoutant ses sons dans la salle de montage.

Comment surmontes-tu les défis que nous impose cette crise ?

En ce qui concerne l'aide et l'échange d'informations, avec l'association des scénaristes et réalisateurs ARF/FDS, nous essayons d'apporter des réponses à tous les collègues. Un bon travail d'équipe est né et cela m'aide à comprendre ce que nous vivons. Sur le plan personnel, les conversations, les promenades dans les bois, la musique, les films et un peu de silence avec la personne qui m'est proche aident beaucoup dans les moments suspendus.

De quoi la culture cinématographique en Suisse a-t-elle le plus besoin aujourd’hui?

Ne pas penser pas à sa propre survie, mais à celle de tout le monde. La solidarité qui se crée, l'échange, la communication transversale renouvelée entre les cinéastes, les producteurs, les institutions, les techniciens, les acteurs, les distributeurs, les festivals et le public est importante. Peut-être que dans le passé, nous étions trop concentrés sur notre propre travail et que nous considérions le reste en termes quelque peu utilitaires. Comme l'environnement, notre monde souffre et nous devons en prendre soin afin qu'il survive pour nous tous. Peut-être avec quelques renoncements personnels.

Vois-tu aussi des opportunités dans la crise actuelle ? 

Nous pouvons saisir des opportunités en termes de narration et de distribution. Nous devons d’abords faire en sorte que même les plus petits cinémas ou cinémas périphériques puissent rouvrir. Mais cela ne veut pas dire que nous ne devons pas saisir l'occasion d'approcher le public d’une manière nouvelle, en essayant de faire ressortir l'importance des histoires qui lui sont proches, surtout dans des moments comme celui-ci. Alors, à la façon du néoréalisme, nous pourrions essayer de raconter ce que nous vivons à travers des histoires qui dessinent le présent humain, social, apportant des clés utiles pour le futur proche.

Quelle est la première chose que tu feras après le confinement ? 

Un barbecue avec des amis. Sans parler de Covid-19, nous devons retrouver nos valeurs fondamentales telles que la liberté et l’échange.Au Tessin, nous sommes restés confinés beaucoup plus que dans la plupart des autres cantons et la proximité de la Lombardie nous a, je crois, amenés à une conscience différente.

Quel film te donne du réconfort dans la crise actuelle ? 

Le Covid-19 a malheureusement surtout atteint les personnes âgées, en particulier dans les maisons de retraite. Je voudrais donc maintenant leur rendre hommage, les embrasser cinématiquement, les célébrer avec « Il bacio di Tosca »  de Daniel Schmid. En me rappelant à moi et à eux que l'art et l'amour survivent toujours.

 

Trailer « Tutti Giù » (2012)

Interview du réalisateur Niccolò Castelli pour son film « Tutti Giù », RTS, août 2012

Website « Looking for Sunshine » (2018)

Website de Niccolò Castelli

Vademecum pour réalisatrices et réalisateurs par ARF-FDS  

 

 

 

5 questions à Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, réalisatrices

Elles étaient en compétition à la Berlinale avec leur deuxième long métrage de fiction Schwesterlein (Vega Film), avec Nina Hoss et Lars Eidinger, au moment où la crise COVID-19 a éclaté en Europe. Stéphanie Chuat et Véronique Reymond écrivent et réalisent depuis 1999, elles affichent aujourd’hui un joli palmarès, constitué de documentaires, de courts et longs-métrages (La Petite Chambre) et de séries (A livre ouvert). Depuis 2002, leurs films sont régulièrement sélectionnés aux Journées de Soleure. Stéphanie et Véronique ont répondu, en duo, à nos questions.

Comment la crise COVID 19 a-t-elle affecté et affecte-t-elle encore votre activité? 

Stéphanie Chuat et Véronique Reymond : Après sa première mondiale à la Berlinale, SCHWESTERLEIN (Petite Sœur) devait sortir fin avril en Suisse, puis en Allemagne et ailleurs dans le monde, en fonction des ventes du film. Tout est reporté à l’automne, ou plus tard encore. Espérons que les exploitants de salle seront solidaires en donnant au cinéma indépendant les mêmes chances que les blockbusters prévus pour renflouer les caisses.

Comment gérez-vous les défis que nous impose cette crise ? 

Stéphanie Chuat et Véronique Reymond : Ce temps d’immobilité nous permet d’avancer sur l’écriture de notre série TOXIC ainsi que sur d'autres projets de films. Comme tous les artistes, nous sommes marquées par cette pandémie et par l'angoisse de voir notre métier très affecté dans un futur plus ou moins proche. Mais c'est aussi un temps précieux pour réfléchir au sens que nous souhaitons donner à nos projets, à notre désir de garder de l'espoir et d'en transmettre, malgré l'atmosphère peu réjouissante qui pèse sur le monde.

Voyez-vous aussi des opportunités dans la crise actuelle ? 

Stéphanie Chuat et Véronique Reymond : Difficile de répondre à cette question alors que la crise a commencé il y a seulement quelques semaines. Notre profession consistant à appréhender l’inconnu à court, moyen et long terme, la crise actuelle ajoute un nouveau paramètre, dont on ne connaît pas encore les répercussions concrètes dans l’avenir.

A quel film la situation actuelle vous fait-elle penser ?

Stéphanie Chuat : J’ai revu Le Scaphandre et le Papillon de Julian Schnabel, et la métaphore de cet homme emprisonné dans son corps résonne, toutes proportions gardées, avec la situation actuelle. Mais aussi, et surtout, la beauté du film m’a nourrie et donné la force d’espérer que l’art aura toujours sa place dans la société.

Véronique Reymond : Je pense à Honeyland, un documentaire sur une femme totalement atypique, très isolée dans les montagnes de Macédoine où elle pratique l'apiculture dans des conditions misérables, sans jamais se départir de sa joie de vivre. Une femme impressionnante, un film magnifique.

Quelle est la première chose que vous ferez après le confinement ?

Stéphanie Chuat : Aller boire un cappuccino dans un café, avec des GENS autour de moi. Pour voir la vie battre, de manière simple et anonyme. Revoir mes amis en chair et en os. Balader SCHWESTERLEIN dans des festivals, et revoir le monde.

Véronique Reymond: être en présence des êtres qui me sont chers, me balader avec eux.

Schwesterlein Berlinale 2020 World Premiere

Schwesterlein, Berlinale Talk 2020

Petite Soeur de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond est en compétition à la Berlinale, 19h30, RTS, 25.2.2020

Trailer de La Petite Chambre

L'invité culturel: les cinéastes Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, 12h45, RTS, 19.01.2011

Le site des réalisatrices 

 

Copyright du portrait : Sophie Brasey

 

 

 

 

 

5 questions à Stéphane Mitchell, scénariste

Après 10 ans dans le domaine de la production aux Etats-Unis, Stéphane Mitchell travaille depuis 20 ans comme scénariste en Suisse romande. Co-créatrice et directrice d’écriture des deux saisons de la série à succès Quartier des banques, elle a également co-écrit le scénario de On dirait le Sud de Vincent Pluss (Prix du cinéma suisse 2003). Cofondatrice et coprésidente de SWAN Swiss Women’s Audiovisual Network, elle siège au Comité de l’Académie du Cinéma Suisse et au Conseil d’Administration de la SSA Société Suisse des Auteurs.

 

Comment la crise COVID 19 a-t-elle affecté et affecte-t-elle encore ton activité? 

Entre scénaristes on blague que le confinement n’a pas affecté notre travail, sinon qu’on doit s’habiller la journée car on n’est plus seul-e à la maison. Plus sérieusement, avoir ma fille H24 entrave un peu l’écriture. Et vice-versa. Mon projet actuel était financé donc je souffle. Mais après ?

Comment surmontes-tu les défis que nous impose cette crise ?

Je me sais privilégiée. Mes proches vont bien, notre logement est assez grand, j’ai un job, je peux le faire depuis chez moi. Malgré cela, le sentiment de jour sans fin est oppressant. Comme beaucoup, j’angoisse, inquiète pour les personnes en danger, furieuse contre les politiques du profit.

Vois-tu aussi des opportunités dans la crise actuelle ? 

Tout s’est arrêté sauf l’accès aux vivres, aux soins et… à Netflix. La crise démontre le besoin vital de culture alors même qu’elle révèle combien ce secteur est précaire. Comme dans l’alimentation et la santé, notre travail est dévalorisé. Notre société va-t-elle enfin valoriser l’essentiel?

Quelle est la première chose que tu feras après le confinement ? 

Une soirée avec mes proches. Mais ce sera probablement un bal masqué. 

Quel film te donne du réconfort dans la crise actuelle ? 

La crise étant longue, je me réfugie dans des séries au long cours, comme The Good Place (https://youtu.be/RfBgT5djaQw), qui pose sur notre drôle de monde un regard impertinent, philosophique et plein d’humanité. 

 

La série Quartier des Banques (Point Prod) sur le site de la RTS https://www.rts.ch/play/tv/emission/quartier-des-banques?id=8950261

Trailer de Déchainées avec Adèle Haenel (Rita Productions)   https://www.rts.ch/play/tv/rts-fiction/video/trailer-dechanees?id=47311         

Le film On dirait le sud de Vincent Pluss (Intermezzo Films), lauréat du Prix du Cinéma suisse – Meilleur Film de Fiction 2003. Sélection des Journées de Soleure 2003 https://vimeo.com/ondemand/ondiraitlesud

www.paillettes.ch

www.swanassociation.ch 

 

 

 

5 questions à Stéphane Goël, réalisateur et producteur

 

Membre du collectif Climage, Stéphane Goël  est producteur et réalisateur. La première de son dernier documentaire, « Citoyen Nobel » a eu lieu en janvier dernier aux Journées de Soleure en présence de son protagoniste le biochimiste Jacques Dubochet. Stéphane Goël a également réalisé Fragments du paradis (2015) et Insulaire (2018).

 

Comment allez-vous ? 

Je vais bien et mal, comme ce temps suspendu, cet éternel dimanche sans ailleurs... 

Comment la crise COVID 19 a-t-elle affecté et affecte-t-elle encore votre activité? 

Elle a mis fin brutalement à l'exploitation de mon film « Citoyen Nobel » dans les salles de Suisse romande. Elle met en péril la sortie du film en Suisse alémanique. Ce film aurait pu connaître un succès public, il restera dans la marge... À part ça, la crise a provoqué le report du tournage de trois documentaires que je suis en train de produire. 

Comment gérez-vous ou surmontez-vous les défis que nous impose cette crise ?

Je ne gère, ni ne surmonte les défis. Je vis avec. Comme je vis avec depuis que j'ai commencé à faire ce métier. Et je m'adapte. J'utilise ce temps au mieux. Pour enfin classer et archiver 35 ans de productions Climage. Et écrire, écrire. Et rêver aussi. Je rêve de m'échapper. 

Voyez-vous aussi des opportunités dans la crise actuelle ? 

Il me semble que les gens de la profession se rapprochent et se parlent mieux. La crise - comme toutes les crises – a un effet rassembleur et stimule les solidarités. Elle nous force à repenser les méthodes de production et d'exploitation. On tente des trucs (VOD, festivals en ligne, films faits sans moyens). Je suis sûr qu'on va redécouvrir un plaisir, une urgence, une nécessité et une simplicité. 

Quelle est la première chose que vous ferez après le confinement ? 

J'espère reprendre l'accompagnement de « Citoyen Nobel » dans les salles qui pourront le reprogrammer, je vais relancer les tournages interrompus, et je vais serrer les gens que j'aime dans mes bras (et quelques autres aussi peut-être).

Quel film vous donne du réconfort dans la crise actuelle ?

Je regarde des films sur le Temps et l'Ailleurs. J'ai revu tous les films de Richard Linklater et ceux de Peter Mettler (merci Visions du Réel ! Rétrospective Peter Mettler à Visions du Réel 2020). Mais je n'aime pas vraiment voir les films chez moi. J'aime profondément être dans une salle de cinéma. Et je commence à être sérieusement en manque...

 

A voir :

Trailer du documentaire « Citoyen Nobel  » de Stéphane Goël (2020)

Le prix Nobel de chimie Jacques Dubochet était à Soleure pour le film qui lui est consacré « Citoyen Nobel », 19:30, 25.1.2020, RTS

Pour fêter 30 ans d’existence, le collectif Climage a choisi d’offrir à la RTS tout son catalogue de films : www.rts.ch/dossiers/climage/

 

 

 

5 questions à Emilie Bujès et Martine Chalverat, Directrices, Visions du Réel

 

Depuis le 17 avril et jusqu’au 2 mai, la 51e édition de Visions du Réel se déroule online, nous débutons notre série d’interviews avec la directrice artistique, Emilie Bujès et la directrice administrative et opérationnelle, Martine Chalverat qui ont dû entièrement repenser le festival.

 

Comment la crise COVID-19 a-t-elle affecté et affecte-t-elle encore votre activité? 

Emilie Bujès und Martine Chalverat : Le 19 mars lorsque le Conseil fédéral a interdit les manifestations de plus de 50 personnes, nous avons pris la décision de passer Online. Il a fallu, dans un premier temps, résoudre la question technique, ce que nous avons pu faire tout d’abord avec Festival Scope, puis en collaboration avec la plateforme néo-zélandaise Shift72 (ils nous ont proposé une solution sur mesure), ainsi qu’avec la RTS qui présentera tous les films de la Compétition Nationale.

Ensuite il a fallu convaincre les réalisateur.trice.s de nous faire confiance (cela a été finalement très facile), et enfin tous nos partenaires tant privés que publics qui nous ont soutenu.e.s dans cette démarche ! Par la suite, d’autres plateformes partenaires se sont ajoutées – notamment la SRF, la RSI, Doc Alliance ou Tënk. Mais tous les films sont visibles ou accessibles depuis notre site www.visionsdureel.ch

Il a fallu, en gros, repenser l’entier du festival en trois semaines. 

Voyez-vous, malgré tout, des opportunités qui pourraient sortir de cette crise, qu’il s’agisse d’aujourd’hui et/ou de demain ?  

Oui nous en sommes certaines, mais il nous faudra un peu de temps après le festival pour mettre tout à plat et faire le bilan global, tant sur la méthode de travail de la période pré-festival que sur festival lui-même.

De quoi la Culture cinématographique en Suisse a-t-elle le plus besoin aujourd’hui?

De solidarité tous azimuts, d’idées, de créativité et certainement très vite, de soutien.

Que vous réjouissez-vous de faire après le confinement ?

Retrouver toute l’équipe et faire une grande fête !

A quel film la situation actuelle vous fait-elle penser? 

«Un jour sans fin» (Groundhog Day) de Harold Ramis.

 

A voir : 

Entretien avec Emilie Bujès, directrice artistique Festival Visions du Réel, Couleurs locales, 19.03.2020, RTS

L'invitée du 5h-6h30 - Emilie Bujès, directrice artistique du Festival Visions du Réel à Nyon, La Matinale 5h - 6h30, 21.03.2019, RTS

 

 

 

Une série d'interviews des Journées de Soleure

A partir du 28 avril, vous retrouverez ici, chaque mardi et jeudi, une nouvelle interview de professionnel.le.s du cinéma suisse, comme les cinéastes Niccolò Castelli, Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, Andrea Staka, Stéphane Goël, mais aussi des exploitants de cinéma dont Didier Zuchuat, des scénaristes, entre autres Stéphane Mitchell ou encore des producteurs et productrices.

 

Photo sur la première page: Didier Zuchuat en confinement au Cinérama Empire