entretiens

5 questions à Gabriela Betschart, cheffe opératrice

Date

22 avril 2020

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Après avoir étudié le graphisme et le design, Gabriela Betschart a étudié le cinéma à la Haute école spécialisée de Lucerne (HSLU). Son film de fin d'études « Bipolar. An Interview with Richard » dont elle a assuré la réalisation, la photographie et le montage a été sélectionné dans plus de 25 festivals.

Après un perfectionnement dans le domaine de la photographie de cinéma à l'Académie de cinéma et de télévision « Konrad Wolf » Potsdam-Babelsberg https://www.filmuniversitaet.de/en/ et au HFF Munich elle obtient son Master de cheffe opératrice à la ZHdK. Gabriela a travaillé, entre autres, sur les longs métrages documentaires « Ma Na Sapna - Träume einer Mutter » de Valerie Gudenus (2013), « Neuland » de Anna Thommen et #Femalepleasure de Barbara Miller. 

Elle travaille aujourd’hui en tant que cheffe opératrice et cinéaste indépendante, elle enseigne au Kulturbüro de Saint-Gall, intervient à la ZHdK et crée de temps en temps des affiches de films.

Juste avant la crise, Gabriela allait débuter le tournage de « Les Nouvelles Èves » (Emilia Productions, ZH), projet lauréat du 10e concours de film documentaire-CH du Pour-cent culturel Migros, remis le 24 janvier 2020 aux Journées de Soleure.

Comment la crise du Covid-19 a-t-elle affecté et affecte-t-elle encore ton activité ?

Le jeudi avant le confinement, nous avons commencé à tourner le documentaire de cinéma «Les Nouvelles Èves» (AT). Le film en six épisodes – chaque épisode filmé par une réalisatrice différente – aurait dû être réalisé ces dernières semaines, mais rien ne s’est passé comme prévu. Surtout parce que les réalités devant la caméra ont totalement changé, beaucoup d’événements n’ont pas eu lieu et personne ne savait comment réagir au début et comment les choses dans leur ensemble allaient évoluer par la suite.

Un autre tournage, qui aurait dû avoir lieu à l’étranger, a lui aussi été annulé. Tout ce qui est resté c’est un petit boulot à la ZHdK, pour lequel je suis alors passée à l’enseignement en ligne. A cause de l’interruption de mon travail, j’ai pris en charge la garde à plein temps de nos deux enfants, qui ne pouvaient plus aller ni à la crèche ni au jardin d’enfants et n’étaient plus accueillis par leurs grands-parents.

Comment gères-tu les défis que nous impose cette crise ?

Au début j’ai ressenti comme une espèce de sentiment d’être en vacances, moi-même et beaucoup de gens autour de moi se sont mis à flotter comme si nous étions en apesanteur et essayions de mettre de l’ordre dans tout ça. Du jour au lendemain, toutes les journées de tournage se sont volatilisées. La fermeture des écoles m’a ensuite fait comprendre que ça prendrait un peu de temps avant que tout cela soit terminé. Ces deux derniers mois, à cause des circonstances, j’ai joué un rôle tout à fait différent et j’ai passé beaucoup de temps à la maison avec mes enfants. Je trouve cependant que, malgré les restrictions et la nécessaire réorganisation, je suis dans une situation très privilégiée, qui n’a pas (encore) eu de graves conséquences.

Il y a deux semaines, j’ai eu de nouveau le premier tournage, avec masque sur la bouche et produit désinfectant. De nouvelles dates de tournage apparaissent de nouveau lentement dans mon agenda. Comme la proximité avec les protagonistes est un élément central dans le cinéma documentaire, je me demande déjà quelle influence cela aura sur moi et sur mes images et aussi sur le comportement des gens devant la caméra. Nous verrons bien…

Qu’est-ce qui est essentiel aujourd’hui pour la culture cinématographique ?

J’espère que le vide ne se remplira pas précipitamment. Il faut du temps pour repenser les projets en cours. Est-ce que le coronavirus doit absolument être abordé dans les films ? Et dans l’affirmative, comment ? Naturellement, je suis heureuse de pouvoir de nouveau participer le plus vite possible aux tournages qui étaient en projet et je me réjouis du jour où ça repartira comme avant ; mais beaucoup de choses nous ont traversé l’esprit ces dernières semaines et notre réalité a fortement changé. Ce serait dommage que la qualité des films en souffre. Aujourd’hui, il est plus que jamais important de créer des films forts.

Est-ce que tu vois aussi des opportunités dans la crise actuelle ?

Pour moi, l’impact que tout cela aura sur la société, sur la branche du cinéma, sur mon travail, est encore trop peu tangible. Qui sait ? Les contraintes extérieures peuvent donner des ailes à la créativité ! Ces derniers temps, plus souvent qu’avant le coronavirus, je me surprends à penser en termes d’éventualités. Je me représente de possibles options, qui me donnent de la sécurité et me montrent que beaucoup de choses seraient pourtant possibles…

Quelle est la première chose que tu feras quand les mesures contre la pandémie seront toutes levées ?

Je me réjouis de passer de nouveau des soirées décontractées avec des amis et la famille… et des vacances en Sicile un jour ou l’autre seraient aussi de nouveau belles !  

A quel film la situation actuelle te fait-elle penser ?

A cause de la mobilité restreinte et du temps passé le plus souvent à la maison, mon quotidien ressemble plutôt à une sitcom : pendant plusieurs semaines toujours les mêmes décors et un choix limité d’acteurs, y compris les artistes invités qui font une courte apparition (comme les livreurs). Ce n’est pas la meilleure sitcom mais ce n’est pas non plus la pire !


Et quand je regarde plus loin que le bout de mon nez, ce sont toujours les thèmes importants pour la société, qui existaient déjà avant le coronavirus et qui, à cause de lui, ont acquis une précarité encore plus grande (en particulier la fermeture des frontières) qu’il ne faut pas perdre de vue malgré tout. C’est pourquoi je mentionne volontiers à ce propos le documentaire  « Fuocoammare » de Gianfranco Rosi.

 

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