portraits | texte d'auteur

Interventions poétiques – une incursion dans l’œuvre filmée de Villi Hermann

Auteur

David Wegmüller

Date

6 janvier 2021

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Villi Hermann © Sabine Cattaneo

La «Rencontre» des 56es Journées de Soleure accueille l’œuvre d’un créateur infatigable, d’un esprit libre et d’un rassembleur du cinéma de langue italienne : Villi Hermann. A partir de la vie dans une région frontalière, ses histoires se sont ouvertes aux questions politiques et sociétales. Le programme de films de la «Rencontre» est un voyage dans le temps. Entre le premier film «Fed up» (1969) et le plus récent «Ultime luci rosse» (2021), sept décennies se sont écoulées.

Villi Hermann réalise des films sur la réalité qui l’entoure et le concerne directement. A ses débuts, il s’agissait souvent de frontaliers, d’ouvriers ou de contrebandiers de cigarettes ; plus tard, ce sont des amis artistes ayant un lien fort avec le Tessin, comme le poète Alberto Nessi, qui nous sert un commentaire jouissif sur un championnat du monde de cyclisme sur route à Lugano («Per und raggio die gloria» (1996). Mario Botta est filmé par Villi Hermann pendant quatre ans au Monte Tamaro comme une sorte de Sisyphe moderne. C’est là que l’architecte édifie une chapelle pour un riche mécène («Tamaro», 1998). Quant à Giovanni Orelli, Villi Hermann l’invite dans un plan-séquence à accomplir une performance intellectuelle («Finestre Aperte», 1998). L’écrivain laisse divaguer ses pensées dans une pièce qui présente deux fenêtres – l’une ouvre le regard sur un petit village, l’autre offre un dégagement sur les montagnes en direction de l’Italie.

Les perspectives de ces deux fenêtres : elles symbolisent la réalité et ses projections. Dans ses grandes productions de fiction des années 1980, Villi Hermann avait déjà affronté à plusieurs reprises les conflits entre l’idylle champêtre et le flair citadin. «Matlosa» (1981), son premier film de fiction, traite d’un homme qui quitte sa vallée de montagne mais ne peut trouver le bonheur en ville. C’est pourquoi il retourne depuis des années dans le village de montagne avec sa famille – notamment pour collectionner des escargots. «Innocenza» (1986) raconte la même histoire mais inversée. Une jeune maîtresse d’école quitte la ville et s’installe à la campagne, où elle crée la confusion dans une petite localité des rives du lac de Lugano et dans l’esprit de ses élèves. Dans «Bankomatt» (1989), on assiste à un règlement de comptes entre un jardinier et un banquier. Villi Hermann a été le premier metteur en scène à confier un rôle en italien à Bruno Ganz. Sa fiction était également la première coproduction officielle entre la Suisse et l’Italie et a fêté sa première mondiale en compétition à la Berlinale.

Le cinéma doit parler de nous ! C’est l’une des consignes appliquées par Villi Hermann. A cet égard, le Gothard est une réalité à laquelle on n’échappe pas. Depuis son film «San Gottardo» (1977), le mythe a aussi trouvé sa place dans le cinéma suisse. Le docu-fiction marie le percement du tunnel ferroviaire et le percement du tunnel routier et pose des questions sur les conséquences sociales de ces travaux, en particulier dans le domaine de la migration. Quel est le prix du progrès ? Le travail peut-il coûter la vie ? Ce dilemme social était déjà la préoccupation insistante de Villi Hermann au moment où il réalisait son premier documentaire, «Cerchiamo per subito operai, offriamo…» (1974) sur les travailleurs frontaliers italiens.

Bon nombre des films dont Villi Hermann est l’auteur ont un substrat politique. Mais sa position en tant que réalisateur est on ne peut plus claire : sa tâche est selon lui de proposer une intervention poétique. Pour l’investigation journalistique, il a travaillé avec l’écrivain Niklaus Meienberg. Le magnum opus de leur collaboration est le film «Es ist kalt in Brandenburg (Hitler töten)», qui a fait sensation en 1981 à Soleure, mais aussi à Berlin et à Cannes, et remis en question de manière radicale la validité du discours et du récit politique. Mais «Pédra. Un reporter sans frontières» (2006) sur la vie et l’œuvre du photographe et reporter Jean-Pierre Pedrazzini et le film personnel de Villi Hermann sur des déserteurs français pendant la guerre d’Algérie («CHoisir à vingt ans», 2017), sont également des exemples réussis d’une façon engagée d’écrire l’histoire par le moyen du cinéma.

Deux films de nouveaux talents tessinois que Villi Hermann a produits ces derniers temps avec sa société Imagofilm complètent la sélection de la «Rencontre» : le court métrage «Ombre» d’Alberto Meroni et «Tutti Giù» de Niccolò Castelli sur des jeunes au Tessin. De plus, un programme de courts métrages invite le public à découvrir d’autres œuvres «inconnues» de Villi Hermann : «10ème essai» (1970) a été récemment numérisé, tout comme «Nostalgie. Malen Sie das Paradies?» (1973), «Il villaggio Leumann» (1984) et «Al Letten con una donna poliziotta» (1994).

Comme producteur et comme réalisateur, Villi Hermann est une personne qui crée des liens. Entre les arts, entre les générations et entre les régions linguistiques. La première rétrospective intégrale de son travail rend hommage à sa force créatrice sans précédent et à la capacité d’innovation de son œuvre dans le cinéma suisse et au-delà.

La Rencontre 2021

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