«Qui vit encore» de Nicolas Wadimoff
Le «Prix de Soleure» valorise l'humanisme, une conception du monde centrée sur la dignité de la personne humaine. Le film primé par le jury cette année, d'une grande épuration, souligne cette dignité en posant la question: que signifie rester encore en vie, quand la mort en a emporté tant d'autres ? Nous voilà alors obligés d'interroger la manière dont nous écoutons les récits de victimes de la guerre, la façon dont nous nous détournons de l’horreur, en déshumanisant ces réalités qui n'arrivent prétendument qu’aux autres.
Ce film âpre et exigeant nous met face à face avec ceux qui ont subi l’inimaginable, dans un monde qui resté passif. Ceux qui sont encore en vie ne sont pas seulement les protagonistes, mais aussi nous, les spectateurs. Car c'est notre responsabilité individuelle et collective, inconfortable soit-elle, que celle d’affronter ce qui a été fait.
En ce sens, par sa forme et son contenu, ce film a su affronter une tâche des plus difficiles: créer un contexte éloigné du théâtre de la guerre, afin d'amener à une meilleure compréhension de la destruction physique et du sacrifice humain. L’absence même d’images constitue alors son outil le plus puissant. Le film nous force à ressentir la douleur, à nous trouver dans les mêmes espaces évoqués par ses protagonistes; il nous amène à générer nos propres images, qui en deviennent d’autant plus puissantes. C’est une manière subtile et forte de créer une autre vision, plus intérieure, d'où émerge l'humanité des survivants, leur dignité et leur perte.
Les témoignages de première main sont ceux de femmes, hommes et enfants éloquents, qui ne peuvent plus s'accrocher qu'à leurs souvenirs, et qui nous regardent droit dans les yeux, franchissant lainsi la frontière qui les séparent de nous. Dans l’après-coup du choc des bombardements, le film nous enferme dans leur douleur et nous oblige à reconnaître que détourner le regard n’est pas une option. Car rester en vie pose une question au monde qui permet à cette tragédie de se dérouler sous nos yeux.
Le jury attribue le «Prix de Soleure» 2026 au film «Qui vit encore», réalisé par Nicolas Wadimoff et produit par Akka Films, Genève.